Garom présente les dernières fouilles pour lesquelles l'association est particulièrement active. Vous pouvez également télécharger les rapports de fouilles passées en allant dans la rubrique DOCUMENTATION/RAPPORTS DE FOUILLES sur ce site ou en cliquant sur le bouton ci-contre.
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Patrick Chambard et Jean Lassus, amis des musées, août 2025
Compte-rendu de visite : A la découverte du projet scientifique de Saint-Romain-en-Gal
Ce mardi 12 août 2025, sur le site archéologique de Saint-Romain-en-Gal, ni le soleil de plomb, ni la température caniculaire n’ont découragé les membres de Garom.
Nous étions une vingtaine d’invités privilégiés sur les deux chantiers de fouilles archéologiques, commencés en juillet, que réalisent des étudiants de Lyon, Aix-Marseille et Besançon.
Sur le chantier à proximité des thermes du Nord, les futurs archéologues mettent au jour les vestiges de plusieurs boutiques d’une zone artisanale, datée du milieu du 1ier, milieu du 2ème siècle de notre ère.
Pas facile de faire des fouilles sur un site classé « Monument Historique », fouillé il y a 30 ans et restauré pour être présenté au public. Les contraintes sont nombreuses, mais malgré les contretemps, les fouilles livrent peu à peu leurs secrets, nous commente Benjamin Clément (Directeur d’opérations de fouilles) qui codirige les opérations, avec Marine Lepée (École française de Rome)
Les résultats des recherches seront connus dans plusieurs mois, après que l’équipe pluridisciplinaire ait fait les analyses, notamment physico-chimique, qui permettront de comprendre les techniques utilisées pour les activités artisanales et commerciales qui se sont déroulées dans le grand bâtiment, que nous découvrons, constitué de plusieurs cellules, avec un portique en façade qui ouvrait sur une place.
A nous d’imaginer le bâtiment : la disposition des blocs boutiques au rez-de-chaussée et les logements en étage. Peu à peu, Benjamin nous aide à restituer et lire ce qui nous apparaît : les murs maçonnés se dressent, le portique nous abrite, nous rentrons dans la foulerie.
« Est-ce ici, devant nos yeux que l’artisan foulon (blanchisseur de l’antiquité) lavait et rénovait les vêtements usagés portés par les habitants de la cité antique de Vienna ?
Est-ce là, à l’emplacement de négatifs, que les foulons malaxaient les tissus avec leurs pieds dans des vasques scellées dans le sol et flanquées de murets leur permettant de se tenir ?
L’équipe trouvera-t-elle l’existence de ces cuvettes, avec le ciment hydraulique, contenant divers types d’argile, ou de l’urine fermentée qui est un excellent détergent ?
Est-ce ici qu’apparaissent les grands bassins, où les vêtements étaient abondamment rincés, puis blanchis en faisant brûler du soufre sous une cloche en osier souvent ?
Découvrirons-t-il les presses à deux vis où les vêtements étaient repassés, dont deux exemplaires ont été retrouvés à Pompéï ? » (voir en bas de page)
Des études approfondies devront valider ces hypothèses, elles permettront de restituer l’histoire de la cité, de comprendre les stratégies économiques dans le commerce de proximité antique que l’on connait peu dans les textes, mais que l’archéologie devrait permettre de comprendre.
Pour en savoir plus sur « L’archéologie de la filière textile à Pompéi » qui a servi de source d’information : https://books.openedition.org/pcjb/7725?lang=fr
Sur le deuxième chantier de fouille, dirigé par Giulia Ciucci, nous retrouvons Christina Popova doctorante, qui nous avait accompagnés dans l’Odéon de Vienne le jour du pique-nique :
Lorsque le projet de fouille s’est concrétisé, les archéologues s’attendaient à trouver une grande « Domus » liée à la mosaïque des saisons qui aurait été découverte à proximité et exposée actuellement au musée, dans le cadre d’une exposition temporaire.
Christina, nous plonge dans l’aventure de cette fouille qui réserve bien des surprises…
Assez rapidement, l’équipe de fouilles trouve des murs modernes qui compliquent l’opération et la lecture du site antique. Le site étant classé, les murs récents ne peuvent pas être détruits sans autorisation des Services des Monuments Historiques.
Une partie du comblement réalisé avec du matériel de construction, du « tout venant », a été dégagé avec une pelle mécanique.
Les archéologues découvrent la présence d’une alvéole, puis un mur périphérique très imposant, une autre alvéole qu’il a fallu dégager pierre par pierre, d’autres qui se dessinent, enfin sa forme arrondie, ses murs rayonnants : Cela ne peut pas appartenir à une Domus.
Au début, compte tenu de la présence des thermes dans la cité, l‘équipe de fouilleurs soupçonne qu’il pourrait s’agir d’un bâtiment lié à l’eau, mais en l’absence de mortier hydraulique cette hypothèse est rapidement écartée.
En dégageant les remblais et découvrant le plan qui se dessine, l’hypothèse d’un mausolée s’impose, d’autant qu’un couloir et la possible chambre funéraire viennent d’être dégagés. Un tel monument, de 15 m de diamètre, ne peut appartenir qu’à un personnage de très haut rang.
L’édifice est construit le long de la voie dallée, axe important de circulation Est-Ouest qui existe depuis les années 50 avant notre ère, argument qui conforte l’hypothèse du mausolée (comme celui d’Autun en Bourgogne).
Mais que fait ce monument au milieu de la cité, alors que depuis le 5ième siècle avant notre ère, une loi impose que le monde des vivants et le monde des morts soient séparés : Les nécropoles devant être placées à l’extérieur de la muraille de ville ?
Peut-être s’agit-t-il d’un monument tardif, du IIIème siècle de notre ère, lorsque la ville se rétracte ?
La ville s’étendait-t-elle jusque-ici à l’époque augustéenne, au moment où le style architectural des mausolées de type augustéen était très en vogue ?
Beaucoup d’énigmes, mais l’étude du mobilier céramique et des artéfacts retrouvés devraient apporter de nombreuses réponses notamment permettre de dater la construction de cet édifice mystérieux au cœur de la cité.
Dans les laboratoires du musée, nombreux sont les membres de Garom qui participent au lavage des céramiques dégagées sur ces deux chantiers. Une expérience enrichissante pour ces passionnés et une belle occasion de participer à un projet scientifique inédit.
Merci Christina, merci Benjamin, merci aux chercheurs, étudiants, merci au musée de Saint-Romain-en-Gal pour nous avoir fait participer à ce projet scientifique et nous avoir transmis votre passion.
Pour en savoir plus sur ce projet scientifique : https://musee-site.rhone.fr/les-chantiers-de-fouilles-2025/
Les fouilles du Clos de la Visitation
Jean Lassus - Garom, aout 2023
Depuis 2019, Benjamin Clément, maître de conférences à l’Université de Franche-Comté, a mené quatre campagnes de fouilles sur le Clos de la Visitation qui se sont achevées cet été 2023.
Lors de ces campagnes, il a été fouillé un complexe à caractère militaire essentiellement dévolu au stockage d’armes dont de nombreux restes ont été retrouvés. Deux entrepôts, de part et d’autre d’un mur de terrasse servant aussi de caniveau, ont été mis au jour : un premier à sol bétonné construit sous Tibère et un second à sol en plancher construit sous Néron. Au nord du premier entrepôt a été mis au jour un ensemble de 3 pièces destinées à loger une dizaine de légionnaires (vestibule, espace de vie, stockage d’armes) et, à l’ouest du même entrepôt, 3 autres pièces destinées au stockage d’armes et de denrées alimentaires. Sur une terrasse au-dessus, a été trouvée une demeure confortable, probable maison du commandant du site. Cet ensemble de bâtiments a été détruit à la fin du IIe siècle, vraisemblablement lors de la mise à sac de Lugdunum en 197 par les légions de Septime Sévère suite à sa victoire sur Albin qui y avait pris ses quartiers.
Le chantier de fouille 2023 : à droite l’entrepôt d’armes, à gauche la partie gauloise avec la fondation en galet
En effet, outre les armes entreposées dans les entrepôts, il a été trouvé des traces tangibles d’un combat dans la cour et le couloir jouxtant l’entrepôt à sol bétonné (armes de jet et crane d’un personnage décapité). La limite sud du complexe militaire a été mise en évidence, mettant au jour un bâtiment avec un portique donnant sur une voie sur laquelle ont été construit plus tard des autels et une fontaine monumentale.
Lors de la construction de l’entrepôt bétonné des maisons d’époques républicaine et augustéenne ont été enfouies sous les remblais. Concernant le premier siècle avant J.-C., une fortification de type murus gallicus, semblable à celle reconstituée à Bibracte, a été mise en évidence probable prolongement de la portion mise au jour place de l’Abbé Larue en 2014 ainsi que la fondation (solin) en galets d’un probable bâtiment.
Sources : données archéologiques ALyAS Service archéologique Ville de Lyon ; fond de plan Ville de Lyon, Métropole du Grand Lyon, Cadastre / Cartographie : E. Leroy SAVL 2019
GAROM a apporté chaque année une contribution financière aux fouilles du Clos de la Visitation. Depuis 2021, l'association apporte également une aide physique grâce à ses nombreux membres qui se sont portés volontaires pour laver l’abondant mobilier recueilli sur le site tel que des tessons de céramique, os d’animaux (faune) et des fragments d’enduits peints.
Cliquer sur le bouton ci-contre pour accéder à la présentation de ces travaux d'archéologie participative.
Mission archéologique Internationale Vale de Mir, Pegarinhos (Portugal)
Campagne 2023 : du 17 juin au 1er juillet
Tony Silvino - Equipe de fouille - Mai 2023
Cette mission internationale, dirigée par Tony Silvino, (Service Archéologique de la Ville de Lyon) assisté de Christophe Caillaud (responsable de l’archéologie expérimentale au musée et sites gallo-romains de Saint-Romain-en-Gal), de Rodolphe Nicot (Évéha International) et de Pedro Pereira (CITCEM, université de Porto), explore le site archéologique de Vale de Mir à Pegarinhos situé dans la vallée du Douro. Il s’agit d’un vaste établissement agricole et viticole romain (Ier-IIIe s.) qui se développe sur un système de terrasses et qui est fouillée depuis de nombreuses années. La campagne 2019 a permis de dégager les installations vitivinicoles, pressoir et chai, de la partie économique d’une probable villa. Il s’avère que ce pressoir est l’une des plus anciennes structures de ce type découverte au Portugal. La campagne de juillet 2021 a poursuivi les recherches pour comprendre l’extension de cet établissement rural et a permis de caractériser l’occupation de l’Antiquité tardive soupçonnée sur ce site.
La campagne de fouilles 2022 a obtenu des résultats très fructueux malgré de fortes chaleurs et les risques d’incendies. De nouveaux espaces de la pars rustica (zone de production d’une villa romaine) ont pu ainsi être mis au jour complétant le plan cet établissement rural et confirmant une réoccupation du site pendant l’Antiquité tardive. La découverte, au cours de cette campagne, d’un sixième dépôt monétaire constitué d’environ 1000 monnaies datant a priori du début du Ve s., pose l’hypothèse de la présence d’un atelier monétaire sur le site, renforçant encore plus l’importance régionale de ce gisement archéologique de la vallée du Douro.
Ci-contre : vues générales du site.
Campagne de fouilles 2023 : il s’agira dans cette nouvelle exploration de mieux caractériser les différent espaces découverts en 2022 et de déterminer la fonction de ces pièces en lien avec la présence d’un éventuel atelier monétaire. Par ailleurs, ces espaces, recélant potentiellement de nombreuses monnaies non dégagées, feront l’objet de fouilles ciblées et minutieuses pour compléter le corpus déjà mis au jour lors de la campagne précédentes.
Colloque international 30 septembre-01 octobre 2023 à Alijo (Portugal) : un projet de colloque international est programmé durant l’automne prochain à Alijo (Portugal). Intitulée La vallée du Douro durant l’Antiquité : zone oubliée du Portugal, cette manifestation scientifique a pour but de présenter les résultats des recherches archéologiques menées non seulement sur le site de Vale de Mir mais surtout sur l’ensemble du bassin du Douro (partie portugaise), depuis Porto jusqu’à la frontière espagnole., depuis maintenant une vingtaine d’année. En effet, une série de fouilles programmées alliée à un ensemble d’opérations archéologiques préventives ont permis de récolter une base de données précieuse pour documenter l’histoire de la romanisation de cette partie de la péninsule ibérique, à cheval entre deux provinces : La Lusitanie au sud et la Tarraconaise au nord. Ainsi durant deux jours, un ensemble de chercheurs aura la mission de présenter leurs données respectives et de les replacer dans le contexte de la péninsule ibérique, en particulier de la partie portugaise actuelle. Les actes de ce colloque seront publiés au début de l’année 2024.
Exposition : Les résultats de ces fouilles seront présentés dans une future exposition sur le vin intitulé provisoirement le Vin, Patrimoine de l’humanité au musée et sites gallo-romains de Saint-Romain-en-Gal (Rhône). Elle permettra notamment de mettre en parallèle le vignoble de la vallée du Douro classé au Patrimoine mondial de L’Unesco et les vignobles du département du Rhône comme Condrieu et Côte-Rôtie.
Les vestiges du pressoir à vin.
Espace lié au travail du textile et probablement au traitement du lin.
Ci-contre : restitution du pressoir à vin et de son chai.
Garom participe au financement de la campagne 2023 ce qui permettra d'avoir un compte rendu des résultats des fouilles lors d’une conférence à programmer dans le cadre des celles organisées au musée de Saint-Romain-en-Gal. Garom pourra également bénéficier d'une aide à l’organisation et à l’accompagnement d'un séjour en 2024 à destination des membres de l’association dans la vallée du Douro. Ce voyage permettra de partir à la découverte du patrimoine archéologique (visite entre autres du site de Val de Mir) et œnogastronomique très riche de la région.